De la joie, de l'enthousiasme, de la solidarité et la victoire. Cela faisait combien de temps
que Bollaert n'avait pas assemblé les quatre morceaux de son puzzle favori ? Très, très
longtemps. Il n'y avait qu'à compter les étoiles dans les yeux
ravis des supporters samedi soir pour s'en convaincre... Aussi, même si nous gardons les
pieds solidement arrimés sur terre, il n'est pas question de bouder notre plaisir. Alors
commençons par balayer prestement d'un revers de la main les réserves qui n'ont pas manqué
d'émerger depuis samedi:
C'était la première journée, ce n'est pas significatif.
Oui, mais il en faut bien une ! Et c'était pareil pour Lyon. De toutes façons,
trois points en début de saison ont la même valeur que trois points en fin de saison...
Il manquait plein de titulaires côté Lyonnais.
Oui, mais Lyon possède le plus gros budget de D1, avec un banc "spécial Ligue des
Champions" que l'OM lui envierai pour son équipe-type. Et puis ça restait une équipe d'internationaux (Français,
Brésiliens, Suisse, Camerounais) et ce n'est pas rien que de les battre en ajoutant la manière.
Lens a eu la chance de marquer rapidement, et par deux fois. Lyon ne s'en est jamais
remis.
La chance ? Les deux buts Lensois ne doivent rien à personne, sinon à la qualité de passe
de Pédron et Diouf, ainsi qu'au jeu de tête millimétré de Sarr et Ismaël. Pourtant, Chanelet,
Müller, Caçapa, Bréchet et Foé ne sont pas des débutants. Et ils en verront d'autres
en Ligue des Champions... Félicitons plutôt l'abnégation collective retrouvée des Sang et
Or, qui a étouffé le mileu et les attaquants lyonnais.
Lyon a raté plusieurs occasions très nettes, qui leur auraient permis de revenir au score. Et là,
ce n'était plus la même histoire...
Avec des si, le PSG et l'OM ne seraient plus ces vastes barnums qui font rire les enfants. Lens aurait
aussi pu tuer le match plusieurs fois, sur des occasions nettes signées Sakho, Corridon, Pédron
ou Diouf. "Savoir tuer le match" était l'un des leitmotiv préférés de Leclercq en
1998; le fait d'avoir à le ressortir aujourd'hui des tiroirs poussiéreux est plutôt bon signe !
Lens a donné l'impression de peiner en seconde mi-temps.
C'est exact, mais en menant 2-0, avec ses attaquant rapides devant, la contre-attaque s'imposait. Muller,
contrairement à Courbis, pratique ce système lorsqe son équipe mène, et pas avant ! Et puis en face, il y avait
quand même la qualité Lyonnaise. N'empêche, Muller à l'issue du match se déclarait très satisfait
d'avoir vu son équipe rester compacte et solidaire, contrairement à ce qui s'était passé lors des
matchs amicaux. Et Ismaël de rajouter qu'il leur fallait apprendre à être "plus serein
pour qu'à 2-0 notre adversaire ne puisse plus relever la tête." Deux déclarations
constructives et ambitieuses.
Muller a construit une équipe très défensive.
L'équipe de Muller compte plus de joueurs défensifs que celles de Courbis, mais pratique un
jeu largement plus offensif. C'est paradoxal, mais c'est bien la preuve que tout n'est question que de
volonté. On a ainsi observé avec scepticisme d'abord, puis intérêt ensuite son système de défense
inédit du côté de Bollaert: trois défenseurs plus ou moins centraux, et des faux-milieux défensifs
excentrés (Sarr et Coly) qui jouent le rôle d'arrière latéral en position de repli, et de base de lancement pour
les phases offensives. D'où un bloc défensif sécurisant avec ses cinq arrières, mais qui peut très vite
se transformer en base de contre lorsque le ballon est récupéré.
Et puis disons-le franchement: le grand sourire découvert sur les mines réjouies des supporters quittant Bollaert n'était pas que la
conséquence d'une victoire: c'était aussi et surtout parce qu'ils avaient enfin revu
une équipe conquérante et tournée vers le but. Et ça, plus que la victoire, ça n'a
pas de prix ! |
Après tout, lorsque Muller, Wallemme et Ismaël nous disent en choeur de ne surtout pas
nous enflammer, écoutons-les. Il y a bien évidemment quelques raisons réellement objectives
pour ne pas sombrer dans la douce euphorie. Nous en avons relevé trois.
Comment réagira l'équipe dans d'autres configurations de
score ?
L'équipe a indiscutablement été brillante après avoir inscrit très tôt ses deux buts. Reste maintenant
à connaître son comportement dans deux hypothèses moins favorables: celle où elle n'arrive pas à
ouvrir le score, et surtout celle où elle sera menée au tableau d'affichage. Un Lens en convalescence
aura-t-il alors assez de ressources et de talent pour inverser la situation ? Nul doute qu'avec le mois d'août
chargé qui s'annonce, on devrait rapidement en savoir plus sur ce point.
L'équipe ne manque-t-elle pas de percussion dans la surface
adverse ?
Encore une question qu'il est légitime de se poser. Des attaquants très rapides comme
Diouf et Sakho, c'est bien; des passeurs qui manient la louche à caviar comme Pédron,
c'est formidable. Mais s'il n'y a pas un renard des surfaces capable d'en profiter, cela
pourrait parfois tourner au gâchis... Il est intéressant d'ailleurs d'observer que
les deux buts ont été marqués par des joueurs défensifs. A voir ce qu'envisage de faire
Muller de Rodriguez et Fuertes dans un court avenir.
L'équipe ne repose-t-elle pas trop sur la qualité de ses Sénégalais
?
Sarr et Diouf ont été performants samedi. Le premier a étonné Bollaert par son incessante
activité de récupérateur-relayeur, s'offrant même le luxe du premier but sang et or de la
saison; le second a donné le tournis à la défense Lyonnaise par ses courses, ses dribbles
et ses centres. Et même Coly a été sobre sur son côté.
Hélas pour nous se profilent pour nos trois internationaux la CAN (du 19 janvier au
10 février) puis la Coupe du Monde,
sans compter les probables matchs de préparation à ces deux épreuves. Autant dire qu'à
partir de Janvier, il ne faudra plus trop compter sur eux. Sur la vision du match
de samedi, c'est assez embêtant...
|