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 Grande Première | | RETRO : FINALE LENS-ST ETIENNE DE 1975
Par Elie Date 28/3/2002
Ce week-end, place à la Coupe de France. Une fois de plus, Lens ne la gagnera pas. Pourtant, cela a bien failli se produire: Lens-St Etienne, c'était la finale de 1975. Du bonheur et des regrets qui allaient ancrer la formidable image du RC Lens dans le foot français. |
LE CONTEXTE
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Lens boucle sa deuxième saison en D1, après sa remontée de 1973. Et de quelle manière ! Descendu en D2 en 1968,
abandonnant le professionnalisme en 1969, le club termine la saison 74 à la 10e place et celle-ci à la 7e.
Pas mal du tout pour une équipe dont l'essentiel de l'effectif vient justement de la D2, et même
de CFA pour certains.
Emmenée par l'infatigable Arnold Sowinski, l'équipe était composée de grands noms... en devenir :
Daniel Leclercq, André Lannoy, Farès Bousdira, Jean Marie Elie, Didier Notheaux, Richard Grégroczyk,
Romain Arghirudis le buteur grec, et bien entendu le génial Géniek Faber. Si vous êtes trop jeune pour
avoir connu ces joueurs, citez un de ces noms au hasard à un " vieux " supporter, vous le verrez
frissonner de plaisir !
Le parcours en Coupe de France a été difficile, mais personne n'a été capable d'arrêter le jeu offensif
des Lensois. Dès la demi-finale face au flambant neuf Paris St Germain (apparu pour la première fois en D1
la saison précédente), le RC Lens allait écrire les premiers chapitres de sa légende.
Initialement programmé à Nantes par les fonctionnaires zélés de la FFF, le match a finalement lieu à Reims,
suite à un mémorable coup de colère du président Lensois, Jean Bondoux.
" Mais Reims n'est plus une ville de foot comme l'est Nantes, il n'y aura personne ! " avait-on plaidé
côté FFF.
" Personne ?! -avait rétorqué Mr Bondoux- Mais vous ne connaissez pas les
Lensois ! Nous remplirons le stade ! ".
La France ne connaissait pas encore la ferveur lensoise, elle allait ouvrir de grands yeux ronds :
15 000 supporters tout de sang et or vêtus allaient déferler au Stade Auguste-Delaune, noyant
dans la masse et l'enthousiasme la poignée d'irréductibles parisiens. Du jamais vu en France à cette
époque. Vous vous êtes souvent demandé d'où venait l'excellence de la réputation du public Lensois ?
Ne cherchez plus, et retenez simplement ceci : Reims, 7 juin 1975.
Sur le plan sportif, ce Lens-PSG allait donner lieu à une superbe partie, le suspens en plus.
Menant rapidement grâce à un penalty de Faber, Lens allait d'abord être rejoint par un but du
futur Lensois François M'Pelé, puis débordé sur un tir victorieux de Jacky Laposte... à 8 mn de la fin !
A cœur vaillant rien d'impossible ! Après quelques minutes de bombardement en règle, la cuirasse du PSG
craquait déjà : un coup franc de Hopquin, la balle qui arrive à Faber, un tir puissant du polonais, et
Lens pouvait jouer les prolongations, dans un stade en délire. Emportés par leur allant offensif,
les Lensois n'allaient pas tarder à trouver l'ouverture, grâce à une échappée de 40 mètres signée
du remplaçant d'Arghirudis, blessé... un certain Casimir Zuraszek, dont nous reparlerons un peu plus loin...
Lens est qualifié pour la seconde fois de son histoire en finale de la coupe de France (la première
datant de 1948).
En face, ce n'est pas moins que la glorieuse AS St Etienne que nos petits Lensois allaient trouver
sur leur chemin. Les fameux Verts de Robert Herbin, qui enflamment alors la France entière sous l'impulsion
des Larqué, Curkovic, Piazza, Janvion, Lopez, Bathenay et autres frères Revelli. Ceux-là même qui
viennent tout juste d'échouer en demi-finale de la Coupe d'Europe face à l'intraitable Bayern de Franz
Beckenbauer et Gerd Müller, après avoir pourtant passé 6 buts à l'Hadjuk Split et 5 au Ruch Chorzow.
Des Verts qui sont déjà assurés d'être champions de France et qui jouent pour un second doublé
d'affilée... Autant dire que Lens s'attaque à une montagne. Mais pas de complexe d'infériorité pour autant : Lens ne vient-il pas de battre deux semaines plus tôt ces mêmes Verts en championnat à Bollaert, 3 buts à 2 ?
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LE MATCH
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Nous sommes le 14 juin 1975, soit une semaine seulement après la ½ finale. Les Lensois, éprouvés par
la prolongation, sont allés se ressourcer quelques jours au Touquet. Pas suffisant hélas pour que Romain
Arghirudis puisse être rétabli à temps. Lens doit donc se passer de sa meilleure arme offensive,
son meilleur buteur depuis deux saisons. Qu'importe ! Casimir -Cajou- Zuraszkek saura bien de nouveau
le remplacer...
Le tout récent Parc des Princes (deux ans à peine !) est archi-plein : 44 725 spectateurs. Mais surprise pour les médias nationaux,
ainsi que pour les Français derrière leur écran de télévision: ce ne sont pas les fameux supporters Verts que
l'on voit et entend, mais bien la déferlante Sang et Or ! Comme la semaine précédente à Reims,
des milliers de voitures et cars sont descendus en cortège de l'Artois jusqu'à la capitale. Combien sont-ils ?
15000 selon la " préfecture ", au moins 20000 selon les organisateurs !
Dans les tribunes, le match est magnifique entre ce qui se fait de mieux en France en terme de ferveur
et fair-play. Le respect entre les deux villes aux origines minières est total, la fête peut
commencer.
La première mi-temps est de toute beauté et annonce déjà ce qui sera décrit plus tard comme
l'une des plus belles finales de Coupe de France de l'Histoire. Les deux équipes ne calculent pas,
les offensives se multiplient de chaque côté. Et c'est Lens qui ose même bousculer l'ogre Stéphanois,
grâce à son flamboyant milieu de terrain : Elie-Bousdira-Leclercq ont en effet pris le dessus sur
Bathenay-Larqué-Synaehgel, par ailleurs milieu de l'équipe de France !
C'est alors que survient la fameuse mais terrible 42e minute, inscrite au fer rouge dans la mémoire
collective sang et or...
Sous le pressing lensois, Larqué se fait chiper le ballon par Grégorczyk, qui déborde, centre sur
Daniel Kaiser dans la surface, qui tire. Contré ! La balle n'est pas dégagée, et Daniel Leclercq
s'avance, et à l'entrée de la surface, adresse une terrible frappe du droit. Bien qu'avancé aux 6 mètres,
Yvan Curkovic parvient du bout des gants et au prix d'un formidable réflexe à détourner la balle. Elle
frappe alors sur sa transversale, et retombe à la verticale devant Zuraszek, seul à deux mètres
devant le but vide. Une tête aurait suffit... un petit pointu aussi. Mais Cajou veut assurer le coup,
laisse rebondir la balle, arme son tir et... se la fait enlever par un tacle désespéré de Christian Lopez,
revenu d'on ne sait où et qui n'en demandait pas tant.
A l'entame de la deuxième mi-temps, les Lensois repartent touchés au moral et fatigués par une
première période de feu, alors qu'ils auraient dû logiquement mener au score. Le milieu de terrain Sang et Or
reste souverain, mais les attaquants s'essoufflent et la défense commence peu à peu à plier.
C'est alors que surviennent deux nouveaux événements, passés inaperçus à l'époque, mais qui auraient
pris une toute autre tournure aujourd'hui...
D'abord, c'est Bathenay, qui stoppe volontairement des deux mains une ouverture pour Elie,
seul démarqué dans la surface. Aujourd'hui, le règlement aurait obligé l'arbitre à sortir le carton rouge;
en 1975, l'action n'a été punie que d'un petit coup franc... Ensuite, c'est le fougueux Osvaldo
Piazza qui tacle violemment Zuraszek par derrière alors que Cajou filait seul au but.
Pas de carton rouge réglementaire à l'époque, juste un jaune... Le problème, c'est que deux minutes plus
tard, ce même Piazza ouvrait le score pour St Etienne !
Vous m'avez compris : si le règlement actuel avait existé en 1975, Lens aurait joué la dernière
demi-heure à 11 contre 9, et toujours à 0-0 !
Avec des si... Autant dire que le temps des regrets pointait son nez. Des Lensois abandonnés par
la chance, ignorés par l'esprit du jeu, et menés 1-0 à 1/4 d'heure de la fin face à des joueurs rompus
aux joutes européennes, ... bref, la messe sang et or était dite. Pour l'anecdote, rappelons
la très pure reprise de volée de Larqué à la 80e minute, qui fera mouche pour un très sévère 2-0 final.
Tellement sévère que Larqué souhaitera que le capitaine Lensois, le regretté Jacques Marie, partage avec lui
l'honneur de recevoir la Coupe de France des mains de Valéry Giscard d'Estaing.
Communion dans les tribunes à travers la même ferveur, communion sur le terrain à travers le même sens du
jeu offensif et bien léché, communion dans les honneurs et les commentaires qui suivront.
Mais un seul vainqueur, et pas de coupe de France dans le livre d'or Lensois.
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EPILOGUE
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Une défaite donc, et bien des regrets au regard du déroulement du match. Pourtant, les joueurs
et dirigeants de Lens se montreront d'une sportivité exemplaire, n'affichant aucune amertume.
" Nous ne cessons de nous améliorer -déclara ainsi Arnold Sowinski- que demander de
plus ? ". Et Jacques Marie d'ajouter : " S'incliner de cette manière devant St Etienne n'a rien
de déshonorant, bien au contraire... ".
Ce match marquera la fin d'une époque, puisque les deux chouchous de Bollaert depuis plusieurs saisons, les artisans de la glorieuse remontée, les "cousins" Polonais Faber et Grégorczyk repartaient en Pologne, comme annoncé dès le début de saison. La gentillesse et l'humilité de ces deux joueurs resteront à jamais gravées dans les mémoires lensoises. Surtout, chacun se souviendra que Lens a eu le privilège d'accueillir l'immense talent de Géniek Faber, probablement les plus grand joueur ayant jamais revêtu le maillot sang et or.
Ajoutons toutefois que cette place de finaliste permettra à Lens de connaître la saison suivante
sa première aventure européenne (l'ASSE ayant réussi le doublé), disputant deux tours de la Coupe des
Coupes. La consolation était donc de taille pour un club évoluant chez les amateurs de CFA à peine cinq
ans auparavant ! Chapeau à ces joueurs ayant connu cet incroyable ascenceur: Lannoy, Marie, Elie.
Notons enfin que cette équipe si prometteuse, enrichie de quelques éléments-clé tels que Marx, Flak ou Krawczyk,
allait terminer deux ans plus tard vice-championne de France au terme d'une exceptionnelle saison de
football champagne... Les jalons sportifs étaient posés. La réussite n'allait pas tarder...
Au-delà de cette défaite cruelle de 1975, il y a quand même une autre sacrée victoire, parce qu'elle a
marqué durablement le club :
- l'image de supporters fidèles, enthousiastes, conviviaux et fair-play, d'une part;
- l'image d'une équipe conquérante, offensive, sans complexe et pleine d'humilité, d'autre part.
Deux piliers des valeurs Sang et Or sont ainsi brusquement apparus dans le petit monde très fermé du
foot français à l'occasion de deux matchs de juin 1975. Sachons nous en souvenir. Sachons nous
en inspirer.
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Vous y étiez ? Racontez-nous !
Vous n'avez pas connu ? Qu'en pensez-vous ? |
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