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 Chûûût ! | | LE KOP SE MEURT !
Par Elie Date 23/10/2001
Bollaert fait encore suffisamment de bruit pour rester l'une des meilleures ambiances de France. Mais c'est largement insuffisant compte-tenu de l'histoire lensoise. Pire : on a maintenant le sentiment qu'il y a volonté d'autodestruction. Un constat accablant.
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LE KOP : L'AGE D'OR
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La formidable réputation du stade Bollaert s'est essentiellement forgée au début des années 70 à partir
d'une tribune : les "Secondes".
Les Secondes, ancêtres de l'actuelle Tony Marek, c'est
à la fois le cœur et les poumons de Bollaert. C'est dire si la tribune est vitale ! Quand
les Secondes étaient en forme, c'est tout Bollaert qui résonnait et faisait trembler l'adversaire.
En dehors des aspects sportifs, deux raisons principales expliquent historiquement cette force et cette
réputation justifiées :
La densité : la tribune des Secondes accueillait sous son toit de tôle ondulée
jusqu'à 10 000 personnes debout ! Serrés les uns sur les autres, les supporters étaient obligés
de chanter, de gré ou de force !
" Ici monsieur, on chante ou on s'en va ! " s'entendra dire vertement un journaliste de Nord
Matin en 1976, venu enquêter sur l'ambiance lensoise. Carte de presse ou pas, l'homme a été obligé de hurler
à son tour...
Ses racines populaires : la tribune des Secondes a toujours été traditionnellement
très accessible en terme de prix afin de lui conserver sa sociologie populaire qui est, par nature,
l'essence-même des meilleures ambiances. Ici, pas question de réserver les meilleures places aux hauts revenus.
En respectant l'esprit même de Félix Bollaert, l'homme et l'humaniste, le club avait sans le savoir mis en place
les meilleures conditions à l'éclosion d'une ambiance hors du commun...
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LE KOP : LA MUTATION
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Le tournant s'est déclenché au début des années 90, avec la conjugaison de trois phénomènes majeurs
et inéluctables, c'est-à-dire contre lesquels on ne peut plus rien aujourd'hui (les solutions seront
donc à trouver ailleurs):
La construction de la Marek, et surtout sa mise aux normes FIFA (sièges, nombre de places
strictement limité) ont dénaturé ce qui faisait sa force principale : de 10 000, la capacité du poumon
lensois est passé à un peu plus de 4000 ! Forcément, ça s'essoufle plus vite et ça fait moins
de bruit...
Les bons résultats des années 90 : ils ont indéniablement bouleversé le paysage Bollaertien.
D'abord en amenant un nouveau public, plus exigeant car pas assez enraciné dans l'histoire et les
résultats du club.
Ensuite, et c'est bien plus grave, en embourgeoisant les anciens des Secondes. Eux qui réclament
l'humilité chez les joueurs sont incapables de montrer l'exemple, en s'auto-proclamant sans aucun sens critique
" meilleur public de France ".
Résultat : Bollaert gronde et siffle aujourd'hui à la moindre passe ratée ou pour un bon match nul face
au leader.
La montée en puissance du foot-business : le foot n'est plus un sport populaire au niveau de la
billetteries des stades. Bollaert n'a pas échappé à la règle. Il s'est rempli d'un public plus aisé,
qui vient au stade comme on va au spectacle, en oubliant qu'il s'agit d'un sport: "je paye ma place,
donc je n'ai pas le droit d'être déçu". Même la victoire, perçue comme un dû, n'amène plus de plaisir...
A contrario, comme la Marek reste la tribune offrant le meilleur rapport " Qualité de la vue / Prix ",
elle a récupéré un grand nombre de personnes qui viennent voir à moindre frais le match, sans pour autant être
des pousseurs de chants redoutables. Personne ne les en blâmera, mais c'est l'essence même de la Marek qui s'en est trouvée dénaturée.
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LE KOP AUJOURD'HUI: L'AGONIE ?
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La Marek, aujourd'hui, c'est quoi ? Rapide visite des lieux :
- C'est un balcon central dans la Marek occupé par un petit groupe de musiciens (trompette et tambours),
entouré par une petite centaine de supporters du Supp'R'Lens, d'indépendants et des North Devils.
- A leur droite, des spectateurs, c'est-à-dire des supporters passifs, qui font tampon avec le
balcon de la Trannin occupé par les Blood and Gold.
- A leur gauche, encore un large bloc de spectateurs passifs, qui les sépare du groupe toujours plus
imposant des Tigers. Combien sont-ils aujourd'hui ? 300 ? 400 ? 500 ? En tous cas, ils représentent
en nombre comme en bruit le groupe le plus important de Bollaert en général, et de la Marek en particulier.
- A la gauche des Tigers, on retrouve un bloc de supporters passifs, certes moins imposant que celui de
l'autre côté de la Marek, mais faisant lui-aussi tampon avec le balcon de la Delacourt occupé par le KSO.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est la totale hétérogénéité des lieux : une succession de groupes,
séparés par d'imposantes zones silencieuses qui handicapent sérieusement la propagation acoustique
des chants. De chez les Tigers par exemple, impossible d'entendre les chants du kop central et
(dieu merci !) la trompette. Et réciproquement.
L'autre constat accablant, il est dans la volonté nouvelle et manifeste des musiciens du Kop et de
son noyau de fidèles de s'arc-bouter à leur réputation passée, en tentant par tous les moyens de contrecarrer
toutes les initiatives ne venant pas d'eux. Samedi, on a vraiment eu le sentiment d'une fuite en avant,
une volonté de tout détruire, dans le plus pur style suicidaire. Du genre :
" La Marek ne nous survivra pas ! ".
En chantant des refrains désuets, en ne s'adaptant pas à ce qui se passe sur le terrain
(combien de " tata yoyo " ou de " l'île aux enfants " au moment où il faut mettre la pression sur
l'adversaire ?!), en ne poussant pas chaque chant plus loin que deux refrains, et même
en cassant volontairement le " Aux Armes " des RT, ils ont fini par écœurer les plus motivés.
A commencer par les North Devils, qui ont fait scission samedi. Ce qui crée un groupe de plus en Marek...
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LE KOP DEMAIN: IL Y A URGENCE !
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Aujourd'hui, qui oserait encore nier que les seuls vrais dépositaires de l'ambiance à Bollaert sont,
en toute objectivité, les Tigers ? De plus en plus nombreux, avec un
répertoire simple mais renouvelé, avec un sens de l'humour qui contraste avec l'aigreur
de certains anciens, suffisamment intelligents pour s'ouvrir et collaborer avec d'autres groupes,
ils " sont " le kop. Officieusement du moins.
Alors, combien de temps allons nous devoir supporter le comportement négatif d'un Kop qui n'en a
plus que le nom, mais qui continue à recevoir la bénédiction officielle du club ? Qui va se charger de leur
dire, comme au journaliste en 1975 : " Ici, on chante ou on s'en va ! ".
Et puisqu'il est beaucoup questions ici de chants, et que Brassens revient à la mode, je ne résiste pas au plaisir de conclure cette
chronique par ces quelques vers, dédiés au trompettiste et à ses copains de la Marek , extraits de
la chanson... " les trompettes de la renommée " :
Je vivais à l'écart de la place publique,
Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique...
Refusant d'acquitter la rançon de la gloire,
Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir.
Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
Qu'à l'homme de la rue j'avais des comptes à rendre
Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
J' devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.
Trompettes de la Renommée,
Vous êtes bien mal embouchées !
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Bientôt : nos idées pour rendre
la Marek plus forte.
Et vous, avez-vous des idées ? |
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